Analyse du marché et des tendances de l’électricité et du gaz naturel de février 2026


Février 2026 touche à sa fin, c’est l’occasion pour Place des Énergies de vous livrer son bilan mensuel des tendances gaz et électricité. Ce mois-ci, le paysage énergétique mondial fait face à une certaine volatilité des prix et à des stocks de gaz bas. De bonnes nouvelles sont cependant à noter du côté de l’essor des énergies renouvelables. Retrouvez une analyse des prix et des perspectives pour les mois suivants en fin d’article.
Contexte international : géopolitique et marchés sous tension
Les tensions entre Russie et Ukraine continuent de peser sur l’approvisionnement mondial en gaz. Le Moyen-Orient en profite pour mettre les bouchées doubles sur sa production.
Tensions sur l’approvisionnement en gaz
Depuis quelques années déjà, les États-Unis sont le principal fournisseur de GNL (Gaz Naturel Liquéfié) de l’Union européenne. En février 2026, ces volumes d’exportation continuent d’augmenter, pour aider à constituer les stocks de gaz européens. Cette récente hausse compense le recul de la demande chinoise sur le marché SPOT. Ainsi, l’Europe dépend de plus en plus du GNL américain plutôt que du gaz russe traditionnel, avec environ 8,05 millions de tonnes de GNL américain, soit une hausse de 57 % du total de ses importations¹.
Côté Suisse, le pays s’aligne sur l’UE pour interdire l’importation de GNL russe dès avril 2026. Cette mesure vise à couper progressivement les revenus gaziers de Moscou en provenance des marchés occidentaux, afin d’envoyer un message fort à la Russie.²
Au Moyen-Orient, le Qatar confirme sa place stratégique sur le marché du GNL mondial. En effet, QatarEnergy signe avec Technip Energies un récent contrat permettant d’étendre le projet North Field West, dans l’objectif d’agrandir ses usines de production. À terme, le Qatar pourra produire 142 millions de tonnes de GNL par an, devenant l’un des plus gros producteurs mondiaux.³
Évolution des matières premières énergétiques
Pour la première fois, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de la Chine dépasse celle des combustibles fossiles. Malgré d’importants investissements dans l’éolien et le solaire, le pays continue d’utiliser le charbon, avec plus de 1243 GW de capacité charbon installée (le plus haut niveau au monde). D’ailleurs, 501 GW sont encore en développement pour l’année 2026.⁴
Les prix du charbon thermique à la côte chinoise sont orientés à la hausse en février 2026, en raison de contraintes d’importation (notamment depuis l’Indonésie) et d’une disponibilité limitée sur le marché.⁵
Marché européen : production et sécurité énergétique
L’Europe est marquée par des stockages de gaz faibles au sortir d’une période froide. De son côté, le mix électrique européen apporte son lot de bonnes nouvelles.
Niveau des stocks de gaz en cette fin de période hivernale
En cette fin février, les niveaux des stocks européens de gaz naturel sont tombés à environ 30,6 % de remplissage. Ce chiffre est bien en dessous de la moyenne des cinq dernières années à la même période. Des retraits massifs observés depuis octobre 2025 amènent les volumes stockés à 33,8 milliards de mètres cubes.⁶
Plusieurs pays sont en tension. L’Allemagne dispose de l’un des stocks les plus bas d’Europe, alimentant les débats sur la mise en place d’une réserve stratégique de gaz. Elle permettrait d’éviter des situations critiques en cas de nouvel épisode de froid ou de tensions géopolitiques accrues.⁷
Mix électrique européen
Les énergies renouvelables font aussi un bond en Europe. Dans un rapport publié fin janvier 2026, l’éolien et le solaire ont produit plus d’électricité que les combustibles fossiles (gaz, charbon, pétrole) dans de nombreux pays de l’Union européenne pour l’année 2025.⁸ Le Portugal, plus particulièrement, a généré près de 81 % de son électricité à partir de sources renouvelables.
Toutefois, la production électrique renouvelable européenne reste sensible au changement climatique ainsi qu’à la disponibilité des différentes sources. Par exemple, l’hydraulique a plutôt tendance à baisser, tandis que l’éolien et le solaire ont besoin d’une plus grande flexibilité en période de vents faibles ou d’ensoleillement moindre. Le gaz reste alors nécessaire pour équilibrer le réseau, notamment en hiver lors des pics de demande.
Situation en France : production, consommation et régulation
La France arrive à maintenir son cap en termes de production électrique bas-carbone. De nouvelles réglementations viennent également jouer sur les prix.
État du parc nucléaire et production renouvelable
Les chiffres de 2025 viennent de tomber. Avec un total de 547,5 TWh d’électricité bas-carbone produite, la France atteint un niveau historique. Une large majorité de cette production provient des énergies renouvelables et du nucléaire.⁹ Pour la période 2026-2027 EDF projette d’ailleurs une production nucléaire de 350‑370 TWh par an.
Le 12 février 2026, la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a mis l’accent sur le nucléaire, tout en prévoyant de développer les énergies renouvelables. Le document fixe des objectifs pour les cinq prochaines années pour maintenir et prolonger les centrales existantes tout en appuyant un déploiement accéléré des parcs éoliens et solaires. L’objectif est de renforcer la sécurité en approvisionnement et le bilan bas-carbone du pays.
Consommation et décisions réglementaires
La consommation électrique française est restée stable en 2025, avec environ 451 TWh (+0,4 % par rapport à 2024). Cette stabilité pourrait être la marque d’un retard de la transition énergétique française, notamment dans les secteurs industriels et résidentiels.¹⁰
Afin d’éviter une inflation de la facture électrique des ménages, la Commission de régulation de l’Énergie (CRE) a proposé de maintenir les tarifs réglementés de vente d’électricité (TRVE) stables au 1ᵉʳ février 2026 pour les ménages souscrivant une puissance jusqu’à 36 kVA.¹¹
En revanche, le prix repère du gaz augmentera au 1ᵉʳ mars 2026, avec une hausse d’environ 4 % à 5 % selon les usages. Cette augmentation se fera surtout sentir sur les factures des ménages se chauffant au gaz.¹²
Enfin, le gouvernement français a fait adopter au début du mois une nouvelle loi énergétique. Celle-ci modifie les objectifs nationaux en matière de mix électrique et de transition énergétique, en faisant la part belle au nucléaire plutôt qu’à certaines cibles renouvelables.
Évolution des prix du gaz et de l’électricité et perspectives
Les prix du gaz et de l’électricité ont une tendance à la hausse, dans un marché énergétique mondial encore sous tension.
Prix de gros et impact sur les fournisseurs
Sur le marché de gros européen (PEG Nord), le prix du gaz pour février 2026 s’est établi autour de 39,10 €/MWh. Ce niveau est plus élevé que le prix prévu pour les mois suivants, à environ 28 - 29 €/MWh.
Pour l’électricité, les prix SPOT sont élevés, même volatils dans certains pays, avec des prix journaliers variant fortement d’un marché à l’autre au milieu du mois.
Ces fluctuations pèsent sur les fournisseurs qui se voient forcés de couvrir leur approvisionnement à des prix variables, tout en essayant de proposer des contrats à prix fixes et compétitifs aux consommateurs.
Quelles tendances pour les prochains mois ?
Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), l’Europe devrait importer des volumes records de GNL en 2026, avec 185 milliards de m³ attendus, contre 175 milliards en 2025. À court terme, cette hausse devrait renforcer la sécurité d’approvisionnement et faire baisser les prix SPOT du gaz, si la demande reste modérée.¹³
Puisque les stocks de gaz naturel sont assez bas en Europe, le risque reste élevé en cas d’un nouvel épisode de froid intense.
Côté EEX, les prix PEG du gaz CAL 2027 restent stables sur le mois de février. Entre le 2, à 25,70 €/MWh, et le 25, à 25,982 €/MWh, on constate une augmentation de seulement 0,282 €/MWh. L’électricité, quant à elle, est en hausse marquée, passant de 49,82 €/MWh le 2 février à 53 €/MWh le 23 février, soit une hausse de 3,18 €/MWh. Le prix retombe cependant à 51,22 €/MWh le 25 février.
En conclusion, le mois de février 2026 illustre un marché énergétique européen et français en demi-teinte. D’un côté, les stocks de gaz restent fragiles, mais de l’autre la production d’énergie bas-carbone affiche des chiffres records, notamment grâce à la force du nucléaire français.
L’évolution des prix SPOT est à surveiller ainsi que la gestion des stocks. Nous garderons également un œil attentif sur les décisions réglementaires, autant de facteurs qui peuvent fortement influencer le mix énergétique.
Sources :