Analyse du marché et des tendances de l’électricité et du gaz naturel de mars 2026


Mars 2026 a été marqué par une forte instabilité sur les marchés de l’énergie. Le conflit au Moyen-Orient, avec les frappes israélo-américaines sur l’Iran et le blocage partiel du détroit d’Ormuz, a provoqué des hausses spectaculaires du pétrole et du gaz. Cette crise s’ajoute à une situation européenne déjà fragile en fin d’hiver, avec des stocks de gaz plus bas que la normale. La France, grâce à son parc nucléaire et à ses renouvelables, reste relativement protégée, mais les prix et la volatilité impactent les consommateurs et les fournisseurs. Ce bilan mensuel passe en revue l’ensemble des facteurs qui ont façonné le marché en mars 2026 et les tendances à venir.
Contexte international : guerre au Moyen-Orient et tensions sur les marchés énergétiques
Le 28 février 2026, Israël et les États-Unis ont lancé conjointement des frappes contre des installations militaires, nucléaires et politiques iraniennes. L’Iran a répliqué immédiatement par des tirs de missiles contre Israël et des bases américaines dans la région. Ce conflit a bloqué partiellement le détroit d’Ormuz, faisant grimper les prix du pétrole et du gaz.
Escalade du conflit et perturbation des infrastructures énergétiques
Tout au long du mois de mars, ce conflit au Moyen-Orient n’a cessé de s’intensifier, avec notamment des frappes ciblées sur les infrastructures pétrolières et gazières iraniennes. Le champ gazier South Pars a particulièrement été touché, entraînant une paralysie d’environ 20 % de la capacité pétrolière iranienne.
L’Arabie saoudite et le Koweït ont également été touchés. Certains de leurs terminaux gaziers et raffineries ont été fortement attaqués, provoquant une perturbation de la production dans la région.
Ces attaques ont eu un impact direct sur les marchés mondiaux, déstabilisant la continuité de l’offre mondiale. Les marchés anticipent déjà un effet de rareté, alors même que la production au niveau international n’est pas encore totalement compromise. Ce conflit a déjà un retentissement fort sur la production mondiale, avec une anticipation des prix qui pèse autant que les pertes physiques réelles.
Blocage des routes maritimes et choc sur les flux mondiaux
Le détroit d’Ormuz est au cœur du conflit au Proche-Orient : environ 20 % à 25 % du GNL mondial transitent par ce détroit. Des blocages récurrents durant le mois de mars ont provoqué un ralentissement des flux, des détournements de navires ainsi qu’une augmentation des coûts de transports et des assurances.
Cette perturbation maritime a eu des effets immédiats sur les marchés¹ :
- +5 % pour les prix du pétrole Brent
- Des prix Spot du gaz naturel jusqu’à 74 €/MWh
- Chine, Japon et Inde beaucoup plus touchés, car dépendants des flux du Golfe
Malgré le renforcement de la présence militaire américaine dans la région afin de protéger les infrastructures et sécuriser les routes, le transport reste un facteur critique, capable d’influencer fortement les marchés à l’international, même sans destruction directe de la production.
Marché européen : sécurité énergétique fragilisée
Le marché européen est lui aussi fortement touché par les retombées du blocage du détroit d’Ormuz. Entre la volatilité des prix et les problèmes de remplissage des stocks, l’Europe retrouve une certaine vulnérabilité déjà appréhendée après la crise postpandémique.
Hausse des prix du gaz et dépendance au marché mondial
Selon une analyse de Wood Mackenzie², les perturbations liées au conflit ont supprimé environ 1,5 Mt de GNL par semaine du marché mondial. Alors même que l’Europe est moins dépendante du gaz de cette région que lors de la crise de 2022, ces tensions nourrissent la volatilité des prix.
Gestion des stocks et préparation de l’après-hiver
Au début du mois, les niveaux de gaz stockés étaient inférieurs à la normale pour la saison, avec des taux d’occupation plus faibles qu’en 2025.⁴ Avec des exportations de GNL perturbées par les attaques des infrastructures du Golfe et des transports dans le détroit d’Ormuz, les marchés européens anticipent un besoin élevé de reconstitution des stocks avant l’hiver prochain, faisant grimper les prix.
Situation en France : résilience du modèle énergétique
Même si la France est touchée elle aussi par la montée des prix du gaz et de l’électricité, sa production nucléaire en forte hausse limite les dégâts. De leur côté, les politiques françaises tardent à réagir.
Rôle du nucléaire face à la volatilité internationale
Contrairement à d’autres pays européens très dépendants du gaz pour la production d’électricité, la France possède un parc nucléaire conséquent qui lui permet de fournir de l’électricité bas-carbone sans gonfler ses prix.
Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, explique que malgré la crise au Moyen‑Orient, les livraisons de gaz en France sont sécurisées grâce aux contrats long terme. L’électricité reste stable grâce à la belle présence du nucléaire ainsi qu’à celles des énergies renouvelables.⁵
Consommation et réponse politique à la crise
Fin mars, le gouvernement français a sollicité les raffineries du pays pour que celles-ci augmentent leur production de carburants, afin de limiter la pression des prix à la pompe. Il confirme qu’aucun risque d’approvisionnement immédiat n’est envisageable.⁶ Côté prix du gaz et de l’électricité pour la consommation des ménages, aucune mesure n’a encore été prise.
Évolution des prix du gaz et de l’électricité et perspectives
Les prix du gaz et de l’électricité ont fait un bond de plusieurs euros sur les marchés tout le mois de mars, frottement impacté par le conflit au Moyen-Orient.
Rebond des prix de l’énergie sous effet géopolitique
En plus de la montée des prix sur le TTF évoquée plus haut, les prix sur l’EEX ont aussi augmenté. En un mois, le prix PEG du gaz sur l’EEX CAL 2027 est passé de 26,26 €/MWh le 27 février, à 43,339 €/MWh le 27 mars, soit une augmentation de 17,079 €/MWh. Côté électricité, celle-ci était à 50,04 €/MWh le 25 février, contre 59,06 €/MWh le 27 mars, soit une hausse 9,02 €/MWh. Une hausse limitée grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables.
Quelles tendances pour les prochains mois ?
Afin de compenser la baisse de production du Moyen-Orient et d’éviter une trop grosse pression sur les volumes Spot, l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) préconise une importation massive de GNL.
La fin de l’hiver 2026 et la sécurisation partielle des flux permettent un ralentissement des hausses, mais le marché reste fragile et les prix pourraient fluctuer fortement selon la météo et les événements géopolitiques à venir.
Pour conclure ce bilan, le conflit au Moyen-Orient et les perturbations des flux mondiaux ont rappelé la fragilité des marchés énergétiques face aux tensions géopolitiques. L’Europe subit une forte volatilité sur le gaz et l’électricité, tandis que la France montre la résilience de son modèle nucléaire. À court terme, les prix resteront sensibles aux événements internationaux et aux conditions météorologiques. La sécurisation des stocks et des approvisionnements en GNL sera un levier important pour éviter de nouvelles tensions. La prudence et la flexibilité restent les maîtres-mots pour les mois à venir.