Analyse du marché électricité et gaz naturel mai 2026


Les tensions géopolitiques s’apaisent progressivement, entraînant un repli des prix du gaz et du pétrole après les pics observés en mars. En Europe, la reconstitution des stocks se poursuit, dans un contexte où le continent reste néanmoins dépendant des flux mondiaux de GNL. Parallèlement, la forte production solaire entraîne une multiplication des épisodes de prix négatifs sur les marchés de l’électricité. En France, la hausse de 15,4 % du prix repère du gaz au 1ᵉʳ mai rappelle que les effets de la volatilité internationale restent bien réels pour les consommateurs. Décryptons en détail la situation énergétique du mois de mai 2026.
Contexte international : stabilisation géopolitique et recomposition des marchés
Après les fortes tensions du printemps, les marchés mondiaux de l’énergie entrent dans une phase d’apaisement relatif.
Retour progressif des flux énergétiques
En mai 2026, le conflit au Moyen-Orient commence à se stabiliser. Même si aucun plan de paix n’a encore été décidé et que les négociations entre Trump et l’Iran continuent, les marchés commencent à accuser le choc. Les prix du gaz et du pétrole stagnent, car le transit du GNL par le détroit d’Ormuz tend à se normaliser.
Le pic des prix du mois de mars est un lointain souvenir, démontrant que les acteurs du marché considèrent le risque de rupture d’approvisionnement comme moins élevé.
Essor des renouvelables et nouvelles dynamiques mondiales
En Chine, le solaire continue sa progression fulgurante. Le pays réduit ainsi progressivement la part des combustibles dans son mix électrique, même si le charbon conserve son rôle majeur (qui s’accompagne de risque, puisque 82 personnes sont mortes dans une explosion d’une mine dans la province de Shanxi la semaine dernière).
De leur côté, les États-Unis continuent de développer les énergies renouvelables et leurs infrastructures de stockage, tout en maintenant une forte production d’hydrocarbures (gaz naturel).
Cette montée mondiale des renouvelables, notamment le solaire, modifie les axes d’investissement. Avec de nombreux pays en surproduction électrique, il devient important pour eux d’investir dans les batteries, les réseaux intelligents et le stockage de l’électricité.
Marché européen : bons points pour le gaz et l’électricité
En Europe, la situation énergétique s’améliore avec la reconstitution progressive des stocks de gaz et une belle production électrique grâce aux renouvelables.
Reconstitution des stocks et évolution du marché du gaz
Comme chaque année au sortir de l’hiver, il est temps pour l’Europe de reconstituer ses stocks de gaz pour préparer la saison 2026-2027. Le continent profite du redoux en limitant sa consommation de gaz, afin de remplir ses stocks, mais il reste encore fortement dépendant du marché mondial du GNL.
Même si la crise iranienne s’est apaisée sur les marchés et que les opérateurs sont rassurés, les prix restent élevés puisque les acheteurs européens tentent de sécuriser les stocks avant l’hiver.
Prix négatifs et adaptation du système électrique européen
L’arrivée des beaux jours du printemps a permis une forte production d’énergie solaire dans toute l’Europe. Celle-ci a même entraîné des épisodes de surproduction, notamment lors des derniers jours de canicule, et des prix négatifs sur certains marchés électriques européens. Rien qu’au début du mois, pour la fête du travail, l’électricité était en négatif à -498 €/MWh ¹.
Situation en France : atouts du mix électrique et vigilance sur les consommateurs
La France bénéficie de sa production nucléaire ainsi que de son énergie renouvelable pour l’électricité. Côté gaz, la hausse du prix repère met à mal certains ménages.
Hausse du gaz et impact sur le pouvoir d'achat
Au 1ᵉʳ mai, le prix repère du gaz a augmenté de 15,4 %² par rapport au mois d’avril, toujours dans ce contexte de conflit entre Iran, Israël et États-Unis. Pour un foyer chauffé au gaz consommant environ 12 000 kWh par an, cette hausse représente plusieurs dizaines d'euros supplémentaires sur la facture annuelle. Les ménages équipés d'offres indexées sont les plus exposés aux variations de ce prix repère.
Contrairement aux crises précédentes, le gouvernement n'a pas annoncé de nouveau bouclier tarifaire au printemps 2026. L'exécutif estime que la hausse reste limitée dans le temps et que le marché devrait progressivement se détendre avec la reprise des flux mondiaux de gaz.
Production nucléaire et exportations d'électricité
La France continue de bénéficier de la forte disponibilité de son parc nucléaire qui se porte bien, avec un maintien de prévisions d’EDF à 350-370 TWh. Tout comme l’Europe, elle profite aussi d’une production solaire en forte hausse.
La France bénéficie de plus de 100 TWh qu’elle ne consomme pas, renforçant sa position d’exportatrice sur le marché européen. Son mix composé de nucléaire, d'hydraulique, d'éolien et de solaire lui permet d’exporter vers :
- l’Allemagne
- la Belgique
- l’Italie
- l’Espagne
- le Royaume-Uni
Évolution des prix du gaz et de l’électricité et perspectives
Après les pics liés aux tensions géopolitiques, les marchés de l’énergie amorcent une phase de normalisation progressive. Toutefois, la volatilité reste présente et les perspectives dépendent encore fortement du contexte international et des conditions de demande estivale.
Des marchés plus calmes mais toujours volatils
Les marchés sont plus souples ce mois-ci, grâce à l’apaisement des tensions. Le prix PEG du gaz sur l’EEX français est à 35,857 €/MWh pour le 26 mai, bien en dessous des pics à 45 €/MWh observés à la mi-mars, même si toujours supérieur aux prix d’avant-crise.
Pour l’électricité, la situation est paradoxale :
- des prix parfois très élevés lors des pics de consommation
- des prix fortement négatifs lors des périodes de surproduction solaire
Le marché de l’énergie est ainsi moins tendu, mais toujours soumis aux conditions climatiques et géopolitiques pour les semaines à venir.
Quelles tendances pour l'été 2026 ?
L’été débutera par la poursuite des remplissages des stocks, maintenant toujours une légère pression sur les prix. En parallèle, une baisse de 4,8%³ est attendue sur le prix repère du gaz au 1er juin, grâce à l’amélioration des marchés gaziers.
Avec la chaleur et les beaux jours annoncés, la forte production solaire devrait se maintenir en Europe, multipliant sûrement les épisodes de prix négatifs en juin-juillet-août. L'été 2026 pourrait être moins marqué par les risques d'approvisionnement que par les enjeux de gestion de la surproduction électrique renouvelable.
Mai 2026 marque une respiration bienvenue pour les marchés de l'énergie, après un printemps sous haute tension. La détente géopolitique au Moyen-Orient, la bonne disponibilité du parc nucléaire français et l'essor du solaire en Europe dessinent un tableau plus serein qu'attendu. Cette stabilité reste fragile, avec une volatilité persistante sur les prix de l’électricité et une dépendance toujours forte au GNL mondial. L'été 2026 ne sera pas celui d'un retour à la normale, mais celui d'un système énergétique en pleine mutation, qui apprend à gérer l'abondance renouvelable autant que la tension sur les approvisionnements.