Analyse du marché et des tendances de l’électricité et du gaz naturel d’octobre 2026


Octobre 2026 a été marqué par une nouvelle flambée des prix sur les marchés de l’énergie. Huit mois après le début du conflit au Moyen-Orient, les incidents dans le détroit d’Ormuz et la demande asiatique de GNL ont fait grimper le pétrole et le gaz. Cette tension s’ajoute à une situation européenne déjà fragile : les stocks de gaz abordent l’hiver à un niveau historiquement bas. La France, malgré son parc nucléaire et ses renouvelables, n’est plus vraiment à l’abri : les prix de gros de l’électricité ont fortement augmenté, tout comme le prix repère du gaz pour les ménages.
Contexte international : Ormuz toujours au cœur des tensions
Huit mois après le début du conflit, le détroit d’Ormuz reste le principal point de fragilité du marché mondial de l’énergie. Entre incidents maritimes et impasse diplomatique, les cours du pétrole et du gaz continuent de refléter la moindre tension venue du Golfe. En parallèle, à l’approche de l’hiver, la demande asiatique de gaz relance la concurrence entre acheteurs.
Golfe et Moyen-Orient : incidents maritimes et flambée du pétrole
Le 17 octobre, un superpétrolier chargé de 2 millions de barils a heurté une mine au sud du détroit d’Ormuz. Suite à cet incident, le Brent a gagné 3,72 % en une séance pour atteindre 109,86 $, son plus haut niveau depuis mai ¹. Le 23 octobre, il a clôturé à 116,72 $, un sommet en près de six mois ².
Sur le plan diplomatique, Téhéran maintient sa proposition de rouvrir le détroit, mais Washington réclame en échange une réduction nette de la capacité d’enrichissement d’uranium iranienne ³.
Les flux de GNL en provenance du golfe Persique affichent un recul d’environ 80 % sur un an ⁴. Cette contraction de l’offre mondiale oblige l’Europe à surenchérir pour attirer les cargaisons disponibles.
Asie : une demande de GNL qui repart avant l’hiver
L’Asie, qui absorbe la majeure partie du GNL mondial, accentue la pression sur l’offre. Les importations de la région sont attendues à 23,31 millions de tonnes en octobre, leur plus haut niveau depuis juillet, la Chine étant le principal moteur de cette hausse. Les acheteurs semblent privilégier la sécurité d’approvisionnement hivernal plutôt que la sensibilité aux prix.
Le GNL au comptant livré en Asie du Nord a atteint 29,30 $/MMBtu la semaine du 16 octobre, son plus haut depuis décembre 2023 et près du triple des 10,40 $ de fin février, avant le début du conflit. Pour l’Europe, qui doit reconstituer ses stocks, cette concurrence sur les cargaisons disponibles entretient la tension sur les prix.
Marché européen : un hiver abordé avec des stocks historiquement bas
L’Europe, qui importe une grande partie de son gaz sous forme de GNL, est plus que dépendante des fluctuations de l’offre venue du Golfe. À l’approche de la saison de chauffage, les prix grimpent et les niveaux de stockage encore trop bas inquiètent les opérateurs.
Hausse des prix du gaz en Europe
Le contrat TTF novembre a clôturé à 73,9 €/MWh le 1er octobre et à 93,9 €/MWh le 23, soit environ +27 % en trois semaines. Seul un repli ponctuel à 85 €/MWh le 20 octobre a interrompu la tendance ⁵, alors que dès le 26 octobre, les contrats ont dépassé 97 €/MWh (+3,3 % sur la séance) ⁴. À titre de comparaison, le TTF évoluait entre 45 et 50 €/MWh début mars 2026.
Gestion des stocks de gaz
Selon l’ENTSOG, les stockages de l’UE étaient remplis à 72 % au 1er octobre, contre 83 % un an plus tôt, un niveau qualifié d’historiquement bas. La France se situait alors autour de 85 % et l’Allemagne à 59 % ⁶. Fin octobre, le taux de remplissage européen atteignait 74,6 %, un niveau nettement inférieur aux moyennes habituelles pour cette période ⁴.
En cas d’hiver froid, l’ENTSOG estime que 7 % à 12 % de la demande devraient être réduits ou risqueraient de ne pas être couverts. Les pays d’Europe centrale et orientale seraient les plus exposés ⁶.
Situation en France : le nucléaire ne suffit plus à isoler les prix
La France dispose d’un parc nucléaire qui l’a longtemps protégée des chocs sur le gaz, mais son marché de l’électricité est étroitement lié à celui de ses voisins. Ce mois d’octobre 206 montre que cette protection a ses limites, tant pour les prix de gros que pour les factures.
Une électricité plus chère malgré le parc nucléaire
En début d’année, la France semblait relativement protégée. En octobre, le prix spot moyen a atteint 167 €/MWh du 1er au 22, contre 143 € en septembre et 61,1 € en moyenne en 2025, soit 2,7 fois le niveau de l’an dernier. Le marché français étant couplé à celui de ses voisins, le gaz continue d’influencer les prix : le 22 octobre, le MWh s’échangeait à 156 € en France, 149 € en Allemagne et 152 € en Belgique ⁷. Le prix spot journalier a même atteint 221,80 €/MWh le 19 octobre ⁸.
Réponse politique face à la crise énergétique
Le 7 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé à EDF de mobiliser au maximum son parc, dans le respect des exigences de sûreté, afin d’éviter toute hausse du prix de l’électricité cet hiver ⁹. Le tarif réglementé reste à 0,2001 €/kWh TTC (option Base) et ne bougera pas avant février 2027 ⁷. Pour le gaz, aucune mesure équivalente n’a été annoncée.
Évolution des prix du gaz et de l’électricité et perspectives
Entre hausses mensuelles du prix repère du gaz et envolée des contrats à terme sur l’électricité, les prix s’installent à des niveaux nettement supérieurs à ceux de 2025. Reste à savoir jusqu’où ils iront cet hiver et en 2027.
Records sur le gaz et envolée des prix à terme
Le prix repère de vente du gaz de la CRE atteint 0,1456 €/kWh pour le chauffage au 1er octobre, soit +43 % depuis janvier ⁹. De plus, une nouvelle hausse de 6,6 % est annoncée pour novembre : le prix repère passera de 182,88 à 194,90 €/MWh TTC, soit environ 12 € de plus sur la facture moyenne des offres indexées ¹⁰.
Côté électricité, le contrat à terme baseload CAL 2027 a atteint 109,61 €/MWh, un niveau inédit depuis plus de trois ans, alors qu’il évoluait autour de 50 € en janvier. La CRE anticipe par ailleurs un prix de vente moyen du nucléaire d’EDF de 65,50 €/MWh en 2027 (+7 %) ⁸.
Quelles tendances pour les prochains mois ?
Trois facteurs domineront : l’évolution du détroit d’Ormuz, la rigueur de l’hiver et la vitesse de reconstitution des stocks. Un hiver froid ferait grimper les prix et laisserait l’Europe fragile avant la saison 2027. Une réouverture négociée du détroit pourrait, au contraire, détendre les cours.
Octobre 2026 confirme que la crise énergétique s’installe. Les prix de gros du gaz et de l’électricité sont nettement supérieurs à ceux de 2025 et la France subit désormais la volatilité européenne malgré son parc nucléaire. À court terme, le marché restera très sensible aux incidents maritimes et à la météo.
Sources
- 1.https://www.economiematin.fr/brent-109-dollars-ormuz-inflation-factures-2026
- 2.https://prixdubaril.com/
- 3.https://www.lorientlejour.com/article/1551221/liran-exhorte-les-etats-unis-a-accepter-sa-proposition-de-rouvrir-le-detroit-dormuz.html
- 4.https://renseignementeconomique.fr/le-gaz-europeen-depasse-97-mwh-la-tension-sur-l-approvisionnement-inquiete-pour-l-hiver
- 5.https://fr.investing.com/commodities/dutch-ttf-gas-c1-futures-historical-data
- 6.https://echosplus.com/2026/10/09/gaz-leurope-aborde-lhiver-avec-des-stocks-faibles-et-une-dependance-accrue-au-gnl/
- 7.https://www.kelwatt.fr/actu/hausse-prix-electricite-marche-de-gros-octobre-2026
- 8.https://www.optima-energie.fr/blog/actualites/prix-electricite-evolution/
- 9.https://www.hellowatt.fr/blog/gel-prix-electricite-fevrier-2027/
- 10.https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A17956